Pour une découverte du territoire au fil d'extraits littéraires

C’était Creil. La ville, construite au versant de deux collines basses…
, / 1838 0

C’était Creil. La ville, construite au versant de deux collines basses…

SHARE
Home Extraits littéraires C’était Creil. La ville, construite au versant de deux collines basses…

Gustave Flaubert, L’éducation sentimentale

À droite et à gauche des plaines vertes s’étendaient ; le convoi roulait ; les maisonnettes des stations glissaient comme des décors, et la fumée de la locomotive versait toujours du même côté ses gros flocons qui dansaient sur l’herbe quelque temps, puis se dispersaient.
Frédéric, seul sur sa banquette, regardait cela, par ennui, perdu dans cette langueur que donne l’excès même de l’impatience. Des grues, des magasins, parurent. C’était Creil.
La ville, construite au versant de deux collines basses (dont la première est nue et la seconde couronnée par un bois), avec la tour de son église, ses maisons inégales et son pont de pierre, lui semblait avoir quelque chose de gai, de discret et de bon. Un grand bateau plat descendait au fil de l’eau, qui clapotait fouettée par le vent ; des poules, au pied du calvaire, picoraient dans la paille ; une femme passa, portant du linge mouillé sur la tête.
Après le pont, il se trouva dans une île, où l’on voit sur la droite les ruines d’une abbaye. Un moulin tournait, barrant dans toute sa largeur le second bras de l’Oise, que surplombe la manufacture. L’importance de cette construction étonna grandement Frédéric. Il en conçut plus de respect pour Arnoux. Trois pas plus loin, il prit une ruelle, terminée au fond par une grille.
Il était entré. La concierge le rappela en lui criant :
– Avez-vous une permission ?
– Pourquoi ?
– Pour visiter l’établissement !
Frédéric d’un ton brutal, dit qu’il venait voir M. Arnoux.
Qu’est-ce que c’est que M. Arnoux ?
– Le chef, le maître, le propriétaire, enfin !
Non, monsieur, c’est ici la fabrique de MM. Lebœuf et Milliet !
La bonne femme plaisantait sans doute. Des ouvriers arrivaient ; il en aborda deux ou trois ; leur réponse fut la même.
Frédéric sortit de la cour, en chancelant comme un homme ivre ; et il avait l’air tellement ahuri que, sur le pont de la Boucherie, un bourgeois en train de fumer sa pipe demanda s’il cherchait quelque chose. Celui-là connaissait la manufacture d’Arnoux. Elle était située à Montataire.

Folio, pp. 215-216

Gustave Flaubert et ses liens avec le territoire

Lors de la préparation de ses romans, Flaubert effectuait de nombreuses recherches et cumulait les documents lui servant pour la rédaction finale du texte. Le 13 mai 1867, il se rend donc dans l’Oise pour visiter les faïences de Creil et de Montataire, il écrit à sa nièce : « J’arrive à l’instant de Creil et de Montataire où j’ai pris des notes sous la pluie pendant 2 heures, c’est la troisième fois que je fais ce voyage ! ». Cette faïencerie a été fondée en 1797 et a connu plusieurs faillites avant de s’implanter durablement vers 1840 lors de la fusion des manufactures de Creil et de Montereau. Lorsque Flaubert visita la faïencerie, elle comptait près de 600 employés logés dans des cités ouvrières. La production estampillée « Creil et Montereau » se poursuit jusqu’en 1895, date à laquelle un incendie ravage la manufacture. Aujourd’hui, la médiathèque Antoine Chanut de Creil a été construite sur le site de l’ancienne manufacture.

PASSWORD RESET

LOG IN