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Cependant les sables de la baie disparurent peu à peu sous la montée de la mer dont la surface, balayée de rides symétriques, annonçait la présence d’une brise continue.
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Cependant les sables de la baie disparurent peu à peu sous la montée de la mer dont la surface, balayée de rides symétriques, annonçait la présence d’une brise continue.

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Fernand Calmettes, Brave Fille

 

Le jour naissait à peine quand Élise et Firmin apparurent sur le port, poussant devant eux, dans une brouette, leurs ballots de marins.

Ils arrivaient là les premiers. La mer était retirée et, sur le fond de vase, les bateaux couchés attendaient, dans le silence de l’aube, l’heure de leur réveil. Aux traces récentes de radoub, aux manœuvres fraîchement goudronnées, on reconnaissait ceux qui se rhabillaient en vue de leur prochain départ ; mais un seul était gréé pour l’appareillage. C’était le Bon-Pêcheur, un sloop au ventre robuste, à la carène effilée, bien taillé pour nager à l’aise. Tout était en ordre sur le pont. Les panneaux fermés témoignaient que les resserres étaient pleines de chargement complet.

Élise fit halte. Du haut de l’estacade, à travers les mâts et les cordages, elle apercevait la baie de Somme qui s’illuminait doucement. Depuis son enfance, elle la connaissait cette baie claire aux contours gris estompés de brume, qu’elle ne verra pas ce soir. Chaque jour, fidèlement, elle était venue lui donner un regard, l’admirer tantôt pleine à l’heure du flux reflétant l’harmonie du ciel dans ses ondes palpitantes, tantôt mise à sec par le reflux, mais belle encore, avec ses bancs de sable rosé, ses cours d’eau qui serpentent jusqu’à la grande mer. Chaque jour, elle contemplait, vers la rive opposée, les profils fiers de la ville de Saint-Valery, dressée comme une forteresse sur un rocher de verdure ; puis, elle reportait ses yeux heureux vers son bourg modeste qui, sur cette rive, s’abrite discrètement derrière les dunes de sable. Elle le les verra plus ce soir !

Certes elle les aime, comme on aime son pays ; mais elle aime aussi la grande mer qui, dans le lointain, à dix kilomètres, marque sa ligne cristalline, toute blanche d’écume. C’est la limite de la baie. Souvent Élise l’a franchie dans la barque du père et, pendant trois années de pêche, elle s’est accoutumée à la vie du large. Mais elle n’a jamais quitté les eaux de la Manche et c’est dans des mers nouvelles qu’elle va vivre tout à l’heure, en de longs mois de campagne et de lutte difficile. Alors, le sein gonflé de désir et de vague inquiétude, elle laissa flotter sa pensée vers cet infini du ciel et de l’eau.

Cependant les sables de la baie disparurent peu à peu sous la montée de la mer dont la surface, balayée de rides symétriques, annonçait la présence d’une brise continue. C’était un présage excellent. En moins de six jours on pourrait gagner le lieu de pêche, à cent milles au nord de l’Écosse.

Librairie d’éducation de la jeunesse, Paris, 1890 pp. 13-14.

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