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Ce qui la frappa surtout, ce fut le grouillement des gens : hommes, femmes, enfants endimanchés autour de chaque maison…
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Ce qui la frappa surtout, ce fut le grouillement des gens : hommes, femmes, enfants endimanchés autour de chaque maison…

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Parcours Hector Malot, En famille

Etape 4 : Une rue du village

D’ailleurs elles atteignaient les premières maisons éparses dans des cours plantées de pommiers malingres et l’attention de Perrine était sollicitée par ce qu’elle voyait autour d’elle: ce village dont elle avait si souvent entendu parler.

Ce qui la frappa surtout, ce fut le grouillement des gens: hommes, femmes, enfants endimanchés autour de chaque maison, ou dans des salles basses dont les fenêtres ouvertes laissaient voir ce qui se passait à l’intérieur: dans une ville l’agglomération n’eût pas été plus tassée; dehors on causait les bras ballants, d’un air vide, désorienté; dedans on buvait des boissons variées qu’à la couleur on reconnaissait pour du cidre, du café ou de l’eau-de-vie, et l’on tapait les verres ou les tasses sur les tables avec des éclats de voix qui ressemblaient à des disputes.

«Que de gens qui boivent! dit Perrine.

— Ce serait bien autre chose si nous étions un dimanche qui suit la paye de quinzaine; vous verriez combien il y en a qui, dès midi, ne peuvent plus boire.»

Ce qu’il y avait de caractéristique dans la plupart des maisons devant lesquelles elles passaient, c’était que presque toutes si vieilles, si usées, si mal construites qu’elles fussent, en terre ou en bois hourdé d’argile, affectaient un aspect de coquetterie au moins dans la peinture des portes et des fenêtres qui tirait l’œil comme une enseigne. Et en effet c’en était une; dans ces maisons on louait des chambres aux ouvriers, et cette peinture, à défaut d’autres réparations, donnait des promesses de propreté, qu’un simple regard jeté dans les intérieurs démentait aussitôt.

«Nous arrivons, dit Rosalie en montrant de sa main libre une petite maison en briques qui barrait le chemin dont une haie tondue aux ciseaux la séparait; au fond de la cour et derrière se trouvent les bâtiments qu’on loue aux ouvriers: la maison, c’est pour le débit, la mercerie; et au premier étage sont les chambres des pensionnaires.»

Dans la haie, une barrière en bois s’ouvrait sur une petite cour, plantée de pommiers, au milieu de laquelle une allée empierrée d’un gravier grossier conduisait à la maison. À peine avaient-elles fait quelques pas dans cette allée, qu’une femme, jeune encore, parut sur le seuil et cria:

«Dépêche té donc, caleuse, en v’la eine affaire pour aller à Picquigny, tu t’auras assez câliné. »

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