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Laon est une petite ville de six mille âmes qu’un rien agite…
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Laon est une petite ville de six mille âmes qu’un rien agite…

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Champfleury, Les souffrances du professeur Delteil

Laon est une petite ville de six mille âmes qu’un rien agite. Le moindre événement, les comédiens qui viennent y passer un mois, un cirque, des marionnettes occupent démesurément les esprits de ce maigre chef-lieu, qui doit sans doute à sa position élevée l’honneur de primer les autres villes plus importantes du même département.

Bâtie sur le plateau d’une haute montagne, si la ville défie un siège redoutable, elle défie les voitures d’arriver dans ses murs : d’où le manque d’augmentation d’une population, qui ne saurait y appliquer son industrie ; aussi les fonctionnaires sont-ils les personnes notables qui tiennent le haut du pavé et commandent l’admiration. Enlevez de Laon le préfet, le receveur général, le directeur des contributions, six notaires, autant d’avoués, une demi-douzaine d’avocats, le curé, quelques nobles qu’on rencontre rarement , et vous trouverez une population de petits marchands, cinquante employés à quinze cents francs , deux cents bourgeois à deux mille francs de rente, enfin une population tranquille dans ses habitudes, sobre dans ses plaisirs, ne pratiquant ni vices ni vertus.

À dix heures les cafés sont fermés, et l’audacieux qu’on rencontre dans les rues passé cette heure risque d’être signalé comme un homme de mauvaises mœurs. L’étranger qui s’arrête à Laon se sent pris d’un violent ennui après qu’il a traversé en moins d’un quart d’heure, dans toute sa longueur, la grande rue qui coupe la ville en deux.

On recommande naturellement aux curieux « d’aller sur les promenades » qui entourent les vieilles murailles de la ville. Le pays est beau, la campagne riche, la vue étendue ; ce ne sont à l’horizon que vertes prairies, blonds champs de blés et jardinages plantureux ; et pourtant on se sent comme enchaîné sur cette montagne. Un homme d’intelligence, à moins d’une force puissante, s’y éteindrait en moins d’un an, à cause du manque de frottement et des duels inévitables d’une telle vie, qui ne peut être défendue qu’avec une épingle pour arme.

Les éditions du trotteur ailé, pp.5-6

Champfleury et ses liens avec le territoire

Laon est située sur un site exceptionnel, une butte surplombant la plaine environnante de 100 mètres, avec des versants abrupts et des remparts élevés.
Les fortifications ont résisté à des armes de sièges de plus en plus puissantes. Au VIe siècle, elle est surnommée par Grégoire de Tours Lugdunum clavatum, « Laon fermée à clé ». Elle est une place stratégique pour les rois carolingiens. La cité subit pourtant les affres de la guerre de Cent Ans et l’abbaye Saint-Vincent est incendiée en 1359.
Pendant la Renaissance plusieurs monuments sont construits. Cependant, la ville connaît un certain déclin. Au XVIe siècle, la ville attachée à la Ligue, opposée à l’avènement d’Henri IV, voit un des ses quartiers rasé et la construction d’une citadelle pour mieux surveiller les habitants.
Malgré les différents cycles de destruction. En 1857, la ville connaît une certaine modernisation avec la construction d’un chemin de fer. À nouveau Laon subit les ravages des guerres, celle de 1870, de la Grande Guerre (Laon se situe à une vingtaine de kilomètres du Chemin des Dames) et de la Seconde Guerre mondiale. Le cœur historique reste aujourd’hui relativement bien préservé.
Dans les souffrances du professeur Delteil, Champfleury porte un regard acerbe sur la bonne société de Laon au XIXème siècle. Mais il n’en reste pas moins attaché à la ville de son enfance et recommande « aux curieux d’aller sur les promenades » qui entourent les murailles de la ville admirer les paysages du plateau picard.

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