Pour une découverte du territoire au fil d'extraits littéraires

Le plateau du Santerre commence à Montdidier d’une façon un peu abrupte. La ville fût construite sur l’éperon sud et domine la plaine faiblement accidentée. Du haut de la ville et par temps très clair, certains se vantaient d’avoir vu la tour Eiffel.
, / 1184 0

Le plateau du Santerre commence à Montdidier d’une façon un peu abrupte. La ville fût construite sur l’éperon sud et domine la plaine faiblement accidentée. Du haut de la ville et par temps très clair, certains se vantaient d’avoir vu la tour Eiffel.

SHARE
Home Extraits littéraires Le plateau du Santerre commence à Montdidier d’une façon un peu abrupte. La ville fût construite sur l’éperon sud et domine la plaine faiblement accidentée. Du haut de la ville et par temps très clair, certains se vantaient d’avoir vu la tour Eiffel.

Maurice Blanchard, Danser sur la corde

Jeudi 15 avril 1943

Le plateau du Santerre commence à Montdidier d’une façon un peu abrupte. La ville fût construite sur l’éperon sud et domine la plaine faiblement accidentée. Du haut de la ville et par temps très clair, certains se vantaient d’avoir vu la tour Eiffel. Au bas de la falaise (car il me semble bien que la mer a dû venir jusque-là) se trouvent deux villages rattachés à la ville : Saint-Médard et Saint-Martin, qui furent de tous temps les ravitailleurs de la ville et de la plaine sèche du Santerre. Ces deux agglomérations de maraîchers cultivateurs avaient encore chacune leur église, et quand j’étais très jeune, j’assistais à la messe annuelle que le curé de la ville venait y célébrer. Saint-Médard et Saint-Martin formaient deux clans, mais il était fréquent que les mariages se fissent entre les tribus.

[…] Les paysans de ces deux pays allaient porter leurs légumes dans les bourgs moins favorisés par les eaux. Ma grand-mère allait à Ailly-sur-Noye le jeudi et à Pierrepont le dimanche, mon oncle allait à Ressons-sur-Matz et à Roye. Le samedi, tout le bas pays montait au marché de la ville, en faisant un détour, ceux de Saint-Martin par le fond d’Amiens, ceux de Saint-Médard par la route de Rouen, car les montées directes étaient impraticables aux voitures chargées. C’était une région de rudes travailleurs, d’un métier très difficile et plein de secrets, car chaque ferme faisait ses graines de semence et avait sa façon de prévoir le temps, opération essentielle.

L’Ether vague, 1994, pp. 245-246.

Maurice Blanchard et ses liens avec le territoire

Maurice Blanchard rédigea son journal du 3 novembre 1942 jusqu’en octobre 1946. Sous l’Occupation, il dirigeait le bureau d’études des avions de guerre allemands Junkers pour le compte du réseau de Résistance « Brutus ». Le 14 avril 1943 il fêta ses 53 ans. Il retrouva chez lui deux fragments de poèmes datant de 1939. Un sentiment de nostalgie le submergea et lui inspira ce passage sur la ville de son enfance, Montdidier.
Plus précisément, la famille de Maurice Blanchard est originaire des quartiers de Saint-Martin et de Saint-Médard. Ces deux quartiers apparaissent comme un faubourg semi-rural avec des habitats modestes. Depuis Gratibus jusqu’à Ayencourt, la vallée était utilisée pour la culture maraîchère. La terre divisée en parcelles, appelées parquets, était séparée des propriétés voisines par des canaux ou des fossés servant pour la culture ou l’arrosage. Les primeurs expédiaient leurs légumes dans les marchés voisins, ou en grosse quantité par voie ferrée.
Les souvenirs de Maurice Blanchard sont d’autant plus nostalgiques qu’au moment où il rédige son journal la ville a été complétement réhabilitée. Après la Première Guerre mondiale, les bâtiments de la ville de Montdidier et les deux bourgs sont sévèrement touchés. L’église de Saint-Martin fût complétement détruite. Le service cultuel de Montdidier se partage entre l’église Saint-Pierre et l’église du Saint-Sépulcre.
Pendant la période de reconstruction comme ailleurs deux théories s’affronteront, reconstruire le patrimoine ante-bellum, ou reconstruire en tenant compte des nouveautés de confort, de style architectural et d’hygiène. À Montdidier se côtoient les bâtiments patrimoniaux et de style Art décoratif.

PASSWORD RESET

LOG IN