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Le moulin de Coyolles est situé dans une position charmante au fond d’une fraîche vallée ; l’eau qui l’alimente, et qui forme un petit étang, est ombragée par des saules aux têtes monstrueuses et par des peupliers élancés…
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Le moulin de Coyolles est situé dans une position charmante au fond d’une fraîche vallée ; l’eau qui l’alimente, et qui forme un petit étang, est ombragée par des saules aux têtes monstrueuses et par des peupliers élancés…

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Alexandre Dumas Père, Le Meneur de Loups

 

Le moulin de Coyolles est situé dans une position charmante au fond d’une fraîche vallée ; l’eau qui l’alimente, et qui forme un petit étang, est ombragée par des saules aux têtes monstrueuses et par des peupliers élancés ; les arbres nains et les arbres géants sont reliés entre eux par de magnifiques aunes et par d’immenses noyers au feuillage odoriférant. Après avoir fait tourner la roue du moulin, l’eau écumeuse s’écoule par un petit ruisseau qui chante son hymne éternel en bondissant sur les cailloux de son lit et en constellant, des diamants liquides qui jaillissent de ses cascatelles, les fleurs qui se penchent coquettement pour se mirer dans les eaux.
Quant au moulin, il est si bien perdu dans un bouquet de plantes, de sycomores et de saules pleureurs, qu’à cent pas de distance on n’en aperçoit que la cheminée, d’où sort la fumée en montant à travers les arbres comme une colonne d’albâtre azurée.
Le site, quoique bien connu de Thibault, lui causa cette fois un enchantement qu’il n’avait jamais éprouvé.
C’est que jamais il ne l’avait regardé dans les conditions où il se trouvait ; il avait déjà en lui cette satisfaction égoïste du propriétaire qui visite un domaine qu’il a acquis par procuration.

Mais sa joie fut bien autre quand il entra dans la cour et que le tableau s’anima.
Les pigeons au cou d’azur et de pourpre roucoulaient sur les toits, les canards criaient en faisant mille évolutions dans le ruisseau, les poules gloussaient sur le fumier, les dindons se rengorgeaient en faisant la roue près de leurs femelles, de belles vaches brunes et blanches revenaient des champs les mamelles gonflées de lait ; ici, on déchargeait une charrette ; là, on ôtait le harnais à deux beaux chevaux du Perche, qui, en hennissant, tendaient vers leurs râteliers leurs bonnes têtes dégagées d’entraves ; un garçon montait un sac au grenier, une fille apportait un sac de croûtes et d’eau de vaisselle à un énorme porc qui se chauffait au soleil en attendant sa transformation en petit-salé, en saucisses, en boudin ; tous les animaux de l’arche, depuis l’âne brayant jusqu’au coq chantant, mêlaient leurs voix discordantes à ce concert champêtre, tandis que le tic-tac du moulin, en battant la mesure, semblait en régler le rythme.
Thibault en eut un éblouissement.

Il se vit d’avance le propriétaire de tout cela, et il se frotta si allègrement les mains, que bien certainement Landry eût remarqué cette joie que rien ne motivait, s’il n’eût pas été absorbé dans sa douleur, qui augmentait au fur et à mesure qu’il approchait du logis.
La veuve, de la salle à manger où elle se tenait, les apercevait au seuil de la porte.
Elle paraissait tout intriguée de savoir quel était l’étranger qui revenait avec son premier garçon.
Thibault traversa la cour, s’approcha des bâtiments d’habitation d’un air dégagé, se nomma, et expliqua à la meunière comment le désir de visiter Landry, son unique parent, l’avait décidé à se présenter chez elle.
La meunière se montra fort courtoise.

Elle engagea le nouveau venu à passer la journée au moulin, avec un sourire que celui-ci trouva du meilleur augure.

Le trotteur ailé, 2008, pp. 64-65

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